Interview avec Baptiste Ory du groupe Smash Hit Combo

mardi/18/07/2017
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Art N Roll a rencontré Baptiste Ory du groupe alsacien Smash Hit Combo pour échanger sur la sortie de leur dernier album « L33t ».

Art N Roll : Pour commencer cette interview, pourrais-tu nous donner ta vision de votre musique ?
Baptiste Ory : Une personne nous a dit que l’on faisait du Néo Metal 2.0, et je trouve ça génial comme terme. (rires) C’est un mélange de notre culture Hip Hop avec notre culture Metal et notre culture Geek.

 

ANR : Vous avez sorti il y a quelques mois un nouvel album intitulé « L33T », peux-tu expliquer ce que signifie ce terme ?
Baptiste : L33T ça vient du « geek speak », c’est un langage que les hackers des années 90 utilisaient pour éviter de se faire comprendre par d’autres personnes que leurs pairs. Ça mélange des chiffres et des lettres, le « 3 » devient « E ». Ça apporte un troisième langage vu que l’album est en français et anglais.

 

ANR : Cet album est effectivement un double album, avec un disque en français et un disque en anglais. Pourquoi avoir choisi ce concept ?
Baptiste : L’anglais c’est quelque chose qui nous trottait dans la tête. On nous a toujours dit que notre musique était originale, parce qu’il y avait du français. On voulait savoir si notre musique resterait originale en la faisant en anglais. Paul a essayé de chanter en anglais, mais on s’est dit que pour être crédible il fallait quelqu’un qui ait la culture anglophone, le vocabulaire, l’accent. Sur « Playmore » on a avait fait un duo avec NLJ, on a aimé travailler avec lui et on lui a proposé de faire un album avec nous.

 

ANR : Pourquoi avoir voulu faire un album en français en plus de celui en anglais ? Pourquoi ce concept de double album ?
Baptiste : D’une part on a un culte de l’objet, de l’autre on voulait offrir le choix à notre public. Les deux albums sont complémentaires. On n’a pas recréé l’album en français en version anglaise. Les instrus sont les mêmes, mais pas les thèmes. Le français est plus axé sur les lyrics, celui en anglais apporte plus de chant clair. On avait essayé de faire du chant clair en français mais ça faisait un peu « Kyo », pour ne pas les citer.

 

ANR : Sur la version anglaise ça fait très Linkin Park (rires)
Baptiste : Oui je sais ! (rires) Tu as tout à fait raison. Max a bien aimé, il pouvait prendre plus de liberté sur la version anglaise.

 

ANR : j’ai apprécié la version anglaise, que je trouve moins attendue. Il y a plus de violence, des accroches un peu plus agressives qui sont contrebalancées par des refrains avec des lignes mélodiques travaillées d’une façon assez « Pop ». C’est aussi ça qui rappelle le Linkin Park des premiers albums.
 Baptiste : Exactement. On ne va se mentir, Linkin Park fait clairement partie de nos influences. Je suis complètement d’accord avec toi sur les lignes de chant. Je suis sûr que si on les avait faites en français ça n’aurait pas été aussi accrocheur.

 

ANR : Dans la partie française le flow est très percutant, les paroles sont très intelligibles et ancrées dans cet univers. Ma première question à l’écoute de la version anglaise était de savoir comment on peut transposer une écriture aussi léchée dans une autre langue.
Baptiste : Je ne pense pas que ça pourrait être aussi abouti dans une autre langue. Nous avons un vocabulaire français plus vaste. Les chansons n’ont pas été transcrites, les thèmes sont différents, on a donc joué avec le « comment ça s’écoute ». On a aussi voulu montrer qu’avec les mêmes instrus on pouvait faire sonner des morceaux de manière différente.

 

ANR : Même si vos paroles restent dans un univers de jeux vidéo, on sent que sur certains morceaux, comme « Blackout », ça va chercher plus loin.
Baptiste : On est des grands enfants, on parle tous de ce sentiment de mal-être lorsque l’on passe d’adolescent à adulte. On se sert de l’imagerie des jeux vidéo pour mettre en scène cette transition. Les paroles sont parfois sombres parce que Paul a vécu des périodes sombres qu’il retranscrit. Tout ce qu’il écrit vient de vraies histoires.

 

ANR : Cette sincérité se ressent dans les paroles.
Baptiste : Oui, on ne peut pas tricher. On n’invente pas le mal-être. Les plus grands écrivains partent de ce qui leur est arrivé.

 

ANR : Sur le plan musical il faut reconnaitre que vous avez un niveau technique impressionnant…
Baptiste : Merci ! C’est gentil ! (rires)

ANR : … certaines intros, comme sur « Die and retry » ont une approche très prog assez intense. Est-ce que chacun possède des influences musicales différentes et si oui, comment faites-vous pour les faire co-exister dans une musique cohérente ?
Baptiste : On vient d’univers musicaux différents. J’écoutais beaucoup de Death Metal, j’ai cette culture de la rapidité. Anthony est plus Djent, Matthieu aime le slap et tout ce qui est funky, tu le ressens dans son jeu. Tout se met en commun, presque naturellement. Si je pars sur un riff, la deuxième guitare va apporter quelque chose de différent, mais complémentaire. Sur un morceau, on commence toujours par le couplet, après on brode autour. Ça fait 7 ans qu’on bosse ensemble, on sait ce qui nous plait et nous plait pas.

 

ANR : Si on revient sur ces sept dernières années comment est-ce que tu vois l’évolution de votre musique et son futur ?
Baptiste : Ce que je vois c’est qu’on essaie de faire toujours plus, et plus technique. Je ne sais pas comment seront reçus ces CD, mais on continuera à faire des choses qu’on aime faire, et il y a aura toujours du français.

 

ANR :  Est-ce qu’il y avait un enjeu ou un défi particulier avec cet album ?
Baptiste : Le challenge était de créer ces deux albums originaux et complémentaires. Ce qu’on aimerait c’est que ça nous ouvre d’autres portes, même si ça n’a pas été créé pour ça. Si on peut partir faire une tournée aux Etats-Unis je serais ravi. J’aimerais bien faire plus de festivals européens aussi.

 

ANR : Vous avez fait une tournée en Russie, comment ça s’est passé ?
Baptiste : La Russie c’est génial ! Les gens viennent pour aux concerts pour passer un bon moment, découvrir des choses. C’est un public qui est unique et intense. Les concerts commencent tôt, finissent tard, il y a beaucoup de monde, c’est sportif. On intègre dans notre set des morceaux plus violents. Ils veulent du show sans temps morts ! Communiquer avec eux c’est génial, tu leur demandes de crier et tout le monde crie.

 

ANR : Tu parlais du culte de l’objet un peu plus tôt, vous avez sorti votre précédent album sur un format « cartouche Nintendo », tu peux nous en dire un peu plus ?
Baptiste : C’est une idée qu’on a eue pour proposer l’album sur un autre format. On a hésité avec une manette de super Nes. On a fait un petit prototype, on a mis les guitar pro dedans, les clips et même un jeu vidéo. Ça a bien marché, les gens ont aimé.

 

ANR : Le concept a été bien repris par les médias « geek », ça a permis de faire parler de vous.
Baptiste : Ça nous a mis un petit coup de pouce. On a été content d’être relayés. Et c’est de la fabrication maison, on se débrouille tous seuls ! On se fait des petites sessions de découpe de cartouche. On a fait 50 exemplaires, on devrait en refaire d’autres. Ça nous fait une petite « récré » ! (rires)

 

ANR : Vous avez pu les numéroter à la main alors ?
Baptiste : Ah non, ça c’est pas con ! Je vais le noter ! Très bonne idée ! (rires)

 

ANR : Un petit mot sur le clip « RPG » ?
Baptiste : On s’est dit qu’on voulait faire quelque chose uniquement sur Mortal Kombat. On s’est demandé qui on aimerait voir taper qui. On a cherché des cosplayers qui voulaient bien travailler avec nous. On a passé des après-midi à faire ça, à la Défense, à la montagne. C’était une expérience de partage. C’est Brice qui l’a réalisé. Pour nous, c’est aussi une forme de « récré ». Je pense qu’il y en a encore 4 ou 5 qui vont sortir.

 

 

ANR : Quelles sont les prochaines étapes pour 2017 ?
Baptiste : Il y a le Québec, une tournée en Russie. On est aussi avec The Arrs sur leur tournée. Pour nous ce sont les patrons du Metal français. Le Japon, peut-être aussi.

 

ANR : Le Japon, pour vous c’est un peu le paradis ?
Baptiste : L’extase ! (rires) On est partis les valises vides la dernière fois pour tout remplir sur place ! On mettait le réveil tôt et on se couchait à 3h du mat pour profiter à fond !

 

ANR : Et le public japonais ?
Baptiste :  C’est très spécial. Quand on monte sur scène, on met l’intro et y’a toujours des mecs qui crient, qui lancent des vannes. Au Japon c’est le grand silence, y’a pas un bruit. Mais quand le morceau démarre, ils se lâchent ! Ils tapent des poses de manga, ils sont très communicatifs. Ils aiment le partage et l’échange. C’est un super public.

Si les russes viennent facilement vers nous, avec les japonais c’est à nous de faire le premier pas. Et si on va vers eux ils se sentent très honorés.

 

ANR : Le mot de la fin ?
Baptiste : Merci beaucoup ! Merci à tous les gens qui nous suivent depuis le début, à notre communauté, tous nos techniciens, et tous les gens qui sont autour de nous. Et jouez à des jeux vidéo !

 

ANR : Quelles sont tes recommandations ?
Baptiste :  Zelda surtout ! Final Fantasy ça fait du bien et Call of Duty en fin de journée !

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