Interview avec Aura Noir lors du Hellfest 2016

samedi/25/06/2016
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Fer-de-lance du black-thrash metal depuis plus de vingt ans, Aura Noir a su garder sa patte au milieu de la foisonnante scène extrême norvégienne. Au lendemain de leur concert au Hellfest, leur bassiste-chanteur-guitariste-parfois-même-batteur Apollyon, aussi membre d’Immortal et d’autres formations scandinaves, revendique toujours leur interprétation extrême et pouacre du thrash metal.

 

Martin Koppe – Hier, Aura Noir a joué pour la troisième fois au Hellfest, après des prestations en 2009 et en 2013. Vous sentez-vous liés à Clisson ?

Apollyon – Oui, c’est d’ailleurs selon moi le meilleur des gros festivals de metal. Je reste toujours les trois jours pour profiter des concerts et, cette année, j’attends particulièrement Black Sabbath et King Diamond.

 

MK – Votre dernier disque, Out to Die, est sorti en 2012. Quelles sont les nouvelles du prochain album d’Aura Noir ? Les fans espéraient à la base pouvoir l’écouter en début d’année.

Apollyon – On travaille toujours dessus. Pour l’instant, nous avons composé six ou sept chansons et nous espérons enregistrer au mois d’octobre. Ainsi nous pourrions le sortir en début d’année prochaine. Blasphemer vit au Portugal et les autres membres du groupe n’habitent pas dans les mêmes villes en Norvège, c’est donc compliqué de composer ensemble. Nous pourrions nous envoyer des riffs par internet, mais nous préférons nous réunir pour travailler.

 

MK – Entre Aggressor, Blasphemer et vous, les musiciens d’Aura Noir ont joué dans une foule de formations norvégiennes majeures (Mayhem, Immortal, Satyricon, Gorgoroth, Ulver, Dimmu Borgir, Dødheimsgard, Virus, Ved Buens Ende, Nattefrost …). Est-ce que vous vous sentez comme une sorte de super-groupe du black metal ?

Apollyon – Nous sommes plus des supers-individus qu’un super-groupe ! Blasphemer a rejoint Mayhem un peu avant d’intégrer Aura Noir, mais nous avons fondé le groupe au début de nos carrières. Ainsi, à l’inverse d’un super-groupe, nous avons surtout joué dans d’autres formations après notre premier album. Aura Noir reste mon groupe de cœur, avec son propre objectif : jouer du thrash metal crade.

 

MK – Est-ce que vous pensez que la scène black-thrash, dont vous êtes une des incarnations principales, est sous-représentée ?

Apollyon – La situation de la scène nous convient, je vois pas mal de jeunes groupes avec la bonne attitude, un accès à de la bonne musique et qui ne craignent pas de sonner comme ils le souhaitent. J’aime quand un groupe a son propre son organique, pas du genre à copier/coller les riffs sur ordinateur pour un rendu « parfait ». La musique perd alors de son charme, je préfère quand ça sonne spécial, surtout si ça se rapproche du son des années 80. Je pense aux Norvégiens de Deathhammer ou aux Suédois d’Antichrist.

 

MK – Dans une interview précédente, vous aviez expliqué que, parmi les dernières choses que vous souhaitiez accomplir avec Aura Noir, vous espériez pouvoir jouer en Amérique du Sud et en Australie. Comme vous avez finalement tourné en Amérique du Sud en début d’année, qu’est-ce qu’il reste sur votre wish-list ?

Apollyon – Jouer en Australie évidemment, mais aussi en Asie. J’aime donner de supers concerts et privilégier la qualité à la quantité. En fait, je suis déjà très satisfait de ce que nous avons accompli en plus de vingt ans avec Aura Noir. J’ai d’ailleurs récemment pris un job normal et je travaille cinq jours par semaine.

La vie est si chère en Norvège qu’il faudrait partir en permanence en tournée pour ne vivre que de sa musique. Or, je déteste tout ce qui va avec, comme le stress ou perdre mon temps dans les aéroports. À quarante ans, on commence à vouloir ménager son cœur. Avec mon nouveau boulot, je vis plus tranquillement et je peux choisir de ne participer qu’aux concerts qui m’intéressent vraiment. Sans ça, je devrais être tout le temps sur la route, ou alors décider de vivre ailleurs qu’en Norvège.

 

MK – Par exemple au Portugal, où vit Blasphemer ?

Apollyon – Voilà.

 

MK – En festival, on croise des amis, mais aussi parfois ses ex : Abbath a joué le même jour que vous au Hellfest et Mayhem participera tout comme vous au Eindhoven Metal Meeting au mois de décembre. Comment les membres d’Aura Noir gèrent-ils le fait de partager des affiches avec des groupes avec lesquels ils ont du passif ?

Apollyon – Je n’ai pas rencontré Abbath hier soir, je l’ai par contre entendu galérer à trouver la sortie de la scène Temple : « où est cette putain de sortie ? » [dans une fort belle imitation de l’ancien frontman d’Immortal]. J’ai quand même regardé le concert jusqu’à Tyrants et j’ai parlé avec son fils pendant une vingtaine de minutes. Je lui ai demandé de transmettre mon bonjour à Abbath, j’essaye de ne pas trop me mêler de toutes les controverses autour de son départ d’Immortal. Quant à Blasphemer, il ne pouvait plus supporter les membres de Mayhem parce qu’ils ont trop joué ensemble, passé trop de temps à tourner… Mais maintenant, ils sont redevenus amis.

 

MK – Le nom Aura Noir sonne français, pouvez-vous m’expliquer son origine ?

Apollyon – Je vois ce nom comme quelque chose de plus universel. Nous nous sommes effectivement inspirés du français et nous n’avons appris que plus tard qu’il y avait un problème avec le genre et que le groupe aurait dû s’appeler Aura Noire. La grammaire norvégienne ne fonctionne pas de la même manière et, si nous avions su plus tôt, nous aurions corrigé. On a eu peur que ça nous ferme des portes auprès du public français.

 

MK – L’un des meilleurs groupes de black metal français, Blut aus Nord, comporte une grosse faute d’allemand, nous sommes mal placés pour nous plaindre ! D’ailleurs, l’audience a très bien accueilli votre concert d’hier.

Apollyon – En effet !

 

MK- Quelle est la question qu’on ne vous pose jamais sur votre musique, le point sur lequel vous aimeriez qu’on vous interroge davantage ?

Apollyon – Je ne sais pas, je ne pense pas être assez orgueilleux pour voir les choses de cette manière et vouloir qu’on parle d’autre chose que de musique. J’adore ce que je fais, les riffs sont tout ce qui compte. Nous n’avons pas besoin de nous sentir parfaits, notre parfait est un parfait différent ! Par exemple, notre batteur frappe fort en live parce qu’il n’utilise pas de triggers, les coups ne sonnent jamais pareil et restent naturels. Cela correspond à notre idéal : jouer du thrash metal crade.

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