Interview avec Adrian Vandenberg de Vandenberg’s MoonKings

jeudi/02/11/2017
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ADRIAN VANDENBERG A GIBSON PARIS LE 26.10.2017

Art’N’Roll : A la première écoute de ton nouvel album, « MK II », qui sort le 3 novembre 2017, on ressent une volonté de jouer « vintage »…

Adrian Vandenberg : Ouais. Notre projet est de faire un pont entre le son des années soixante-dix et maintenant, parce que nous aimons tous la dynamique de groupes comme les Foo Fighters, mais que nos héros demeurent des artistes comme Cream ou Led Zeppelin. C’est vrai en ce qui me concerne, puisque j’ai connu les deux époques, les années soixante-dix et la période Grunge. C’est vrai aussi pour des membres plus jeunes de mon groupe : Mart, notre batteur, aime autant John Bonham de Led Zeppelin que Taylor Hawkins des Foo Fighters.

 

ANR : Taylor Hawkins n’est pas uniquement un musicien Grunge… C’est un grand batteur, d’abord musicien de studio, il a joué avec des artistes de variété comme Alanis Morissette…

AV : Je suis bien placé pour le savoir, il y a très longtemps ils ont ouvert pour Whitesnake (NB : son précédent groupe) !

 

ANR : Quel était le nom de ce groupe ?

AV : Je crois que c’était bel et bien Alanis Morissette, mais je ne suis pas certain. Si je crois. Enfin, même quand ce batteur joue des trucs simples, tout comme quand John Bonham jouait des grooves réguliers, on le ressent…

ADRIAN VANDENBERG A GIBSON PARIS LE 26.10.2017

ANR : Comme tu l’as dit, le site Internet de Vandenberg’s MoonKings évoque un mélange entre le Hard des années 1970 et des styles plus contemporains. Quels sont ces styles ? Tu écoutes quoi en ce moment ?

AV : Foo Fighters donc, Queens of the Stone Age, et Kings of Leon, ce sont les trois groupes de maintenant que j’aime écouter. Sinon, j’écoute le dernier album d’AC/DC, qui sonne comme tous les autres albums d’AC/DC, toujours Fun même si ce n’est pas un groupe moderne… C’est comme aller dans un grand Restaurant et d’avoir à sa disposition des plats fantastiques, mais de demander à ce que l’on te cuisine une formidable Pizza. Quand j’ai commencé ma carrière de musicien, AC/DC explosait, j’ai alors présenté Angus à sa femme et les ai mis ensemble (NB : Ellen Van Lochem, en Juillet 1979)

 

ADRIAN VANDENBERG A GIBSON PARIS LE 26.10.2017

ANR : Oui, la femme d’Angus Young est Néerlandaise… C’est toi donc…

AV : Oui, c’était une amie à moi. J’ai joué en première partie d’AC/DC sur quelques dates lors de la dernière tournée avec Bon Scott, j’ai vraiment adoré la façon dont ils sonnaient, j’aime toujours l’album « Highway to Hell », et l’ai pas mal réécouté ces derniers temps.

 

ANR : Tu parlais à l’instant de cette catégorie de batteurs simples mais dont la façon de sonner est inoubliable, il convient d’y ajouter Phil Rudd…

AV : Ouais. C’est le Groove. Quand certains batteurs font « Boum-Tac-Boum-Tac » eux il sonnent « BOUMCHT-TAQUE-BOUMCHT-TAQUE » avec classe.

 

ANR : Excuse-moi de le remarquer, mais le début du premier morceau de ton album, « Tightrope », sonne un peu comme celui de « Walk All Over You », qui est justement sur « Highway to Hell » d’AC/DC…

AV : Je vais vérifier cela, parce que c’est possible. Si tel est le cas, c’est de manière inconsciente… Cela s’expliquerait par le fait que j’adore les Open Chords (NB : accords à vide, où certaines cordes sont mises en vibration sans que le musicien presse un doigt dessus) qui sonnent merveilleux avec un ampli Marshall et une guitare Les Paul, souvent quand c’est un Mi ouvert… Le Mi sonne super, le Ré sonne super, le La sonne super… Mon album sonne comme un hommage à AC/DC, les Foo Fighters…

ADRIAN VANDENBERG A GIBSON PARIS LE 26.10.2017

ANR : Raimbow ?

AV : Ouais, peut-être…

ANR : Les Black Crowes ?

AV : Ouais, j’aime les Black Crowes. Je suis très ouvert dans mes influences.

ANR : Tu joues sur quoi ?

AV : Ma Gibson Les Paul est de 1980. Et je me sers d’un ampli Marshall, j’en ai deux-trois, sans rien entre les deux.

ANR : Tu as tenté de jouer sur des marques de guitares plus récentes, moins classiques, comme Jackson ou BC Rich ?

AV : Oui, j’ai essayé, elles sont puissantes. Mais je n’arrive pas à trouver mieux que ma Les Paul, c’est la meilleure guitare. Et puis certaines ressemblent trop à la guitare de Batman, genre jaune et noire.

 

ANR : Le titre de ce disque, « MK II » est tout sauf innocent…    

AV : Déjà parce que cela correspond au nom de mon groupe, son deuxième disque. Ensuite parce qu’il faut constater que ces derniers temps, les titres des disques deviennent de plus en plus longs du style « Jan a pris – un taxi – pour Bruxelles – et a eu – une Pizza ».

 

ADRIAN VANDENBERG A GIBSON PARIS LE 26.10.2017

ANR : Vous êtes quatre. Peux-tu s’il te plaît nous présenter les trois autres membres de Vandenberg’s MoonKings ?

AV : Jan Hoving, le chanteur, est rapidement devenu mon chanteur préféré. Il possède une grande ferme en Hollande et est très occupé avec. J’ai découvert Sem Christoffel et Mart Nijen, ma section rythmique, dans un radio crochet lorsqu’ils étaient adolescents, je me suis dit que ces deux-là allaient devenir renversants parvenus à l’âge adulte. Par coïncidence, lorsque j’ai mis en place Vandenberg’s MoonKings, je me suis souvenu d’eux. J’ai auditionné Sem, et lui ai rappelé qu’il y avait une vraie alchimie avec Mart. Du coup, ils se sont remis ensemble, je suis très fier de ma section rythmique, j’aurai attendu des années avant de l’avoir.

 

ANR : Comment fonctionne Vandenberg’s MoonKings ? Comment vous répartissez-vous les rôles dans la composition et l’enregistrement ?

AV : J’écris le morceau et ses paroles, j’enregistre une démo, je la joue à Sem et Mart, puis je leur dit de la jouer comme ils le veulent. Je veux qu’ils se sentent libres de jouer comme ils l’entendent, parce que j’aime profondément la manière dont ils s’approprient les chansons.

 

ANR : Tu as été membre d’un super groupe, Whitesnake, composé de très fortes personnalités telles David Coverdale ou Vivian Campbell, et également patron de ton propre groupe : que préfères-tu au final entre ces deux extrêmes ?

AV : Ouais. J’aime les deux. Quand j’étais dans Whitesnake, j’avais une petite trentaine d’années. Tourner tout autour de la planète fût une grande expérience. Mais, il manquait une certaine intimité avec le public. Quand tu évolues sur les grandes scènes, tu as du mal à voir le public, j’avais l’impression d’évoluer dans un zoo. C’était formidable et cela me manque un peu. Mais, je ne peux pas appuyer sur le bouton « Reset » de ma vie.

ADRIAN VANDENBERG A GIBSON PARIS LE 26.10.2017

ANR : A ce propos, quel est le programme des tournées pour vous ? Vous allez jouer en France ?

AV : Oh oui ! Nous sommes en train d’établir le programme de la tournée et nous allons faire en sorte de jouer en France sur un maximum de dates. Nous voyons pour des concerts dans des clubs mais aussi dans des festivals, car nous aimons les deux…

 

ANR : Arrive la « Question Hellfest »… Marco Mendoza et Doug Aldrich, deux anciens membres de Whitesnake ont joué au Hellfest en 2017 avec leur nouveau groupe, les Dead Daisies… Est-ce que Vandenberg’s MoonKings souhaiterait y jouer également ?

AV : J’espère. J’espère réellement. Un très grand festival avec de très grandes têtes d’affiche chaque année. Nous allons faire en sorte d’y jouer mais les places y sont chères. Si tu connais le Français qui s’occupe de la programmation, dis-lui que nous motivés.

 

ADRIAN VANDENBERG A GIBSON PARIS LE 26.10.2017

ANR : Tu peins. Ce qui est frappant, c’est le nombre de volatiles et d’oiseaux, ainsi que d’astres que tu aimes représenter ; est-ce qu’il y a un lien avec le nom de ton groupe « MoonKings » ?

AV : C’est intéressant. Je suis très influencé par la symbolique du croisement entre hommes et animaux. Comme tu peux le constater, le symbole de mon groupe est une chouette en plein vol. Je compose souvent ma musique au milieu de la nuit, car c’est un moment très paisible, un peu sombre. Quand le groupe joue, c’est souvent à la tombée de la nuit. Et ce logo représente plus précisément une chouette qui quitte le soleil, comme un symbole de la fin de la journée et du début de la nuitée. Les MoonKIngs sont les rois de la nuit et je suis le Roi de la nuit.

 

ANR : Es-tu intéressé par le mouvement Pagan Metal ? Il est assez fort aux Pays-Bas…

AV : Oui, il l’est. J’aime tout ce qui est mystique, le symbolisme

 

ADRIAN VANDENBERG A GIBSON PARIS LE 26.10.2017

ANR : Tu es de La Haye aux Pays-Bas. Ton premier disque date de 1978 (« Teaser »)… Comment se fait-il qu’un pays de 17 millions de personnes a engendré tant de musiciens de Hard Rock / Metal depuis les années soixante ?

AV : Nous sommes dix-sept millions, mais quand j’ai sorti « Teaser » nous n’étions que onze millions, un truc du genre. Cela vaut aussi pour la peinture : Van Gogh, Rembrandt… La Belgique, aussi, est un pays peu peuplé qui a produit de nombreux artistes… Je me suis toujours demandé si cela ne venait pas du climat. Prends le cas de l’Islande, ils sont encore moins nombreux, et pourtant c’est une nation d’incroyables talents et de grands musiciens, de cinéastes, ainsi que de très belles femmes. Il y a une étrange combinaison entre des talents et des choses qui se passent…

 

ANR : Tu as le Danemark aussi…

AV : Le Danemark, j’aime ce qu’ils produisent musicalement… La Suède aussi… J’ai toujours été épaté par ce foisonnement artistique, ça doit venir du climat, je ne sais pas. Bref, je suis fier de mon pays, mais je suis aussi fier de la France,  je suis propriétaire d’une maison dans le Sud-ouest de la France, j’essaie d’y aller dès que je le peux. La Mère de ma Mère était à moitié Française, elle s’est échappée pour arriver en Hollande, c’était une Huguenot…

 

ANR : Oui, c’est logique. Elle était originaire du Sud-ouest de la France ?

AV : Oui.

 

ANR : Ecoutes-tu les autres groupes Néerlandais du moment, comme Epica ou Within Temptation ?

AV : Nous avons joué dans un Festival avec Within Temptation. Epica jouit d’une très bonne réputation dans son domaine, le symphonique… Mais ce n’est pas mon truc, il y a trop de plastique, quand ils jouent Live, quatre-vingt pour cent de leur musique est enregistrée, il suffit de pousser un bouton… et toi tu te dis « Vas-y !?! »… Je n’aime pas cela, il y a trop de synthés.

 

ANR : Pourtant Epica est très bon débranché (« Unplugged »), leur dernier disque comporte d’ailleurs une face acoustique…

AV : C’est la marque des bonnes compositions. L’idéal est de jouer avec une voix et guitare uniquement.

 

ADRIAN VANDENBERG A GIBSON PARIS LE 26.10.2017

ANR : Pays-Bas, encore : en 2011 tu as écrit et enregistré la chanson « A Number One » pour le Club de Football que tu supportes, le FC Twente, dont Martin Van Drunen le chanteur d’Asphyx est également un supporter célèbre…

AV (il coupe) : HO ! Je ne savais pas ! C’est cool !!!

 

ANR : Football et musique Rock font bon ménage chez les Hollandais, non ?

AV : Dans mon cas, c’est parce que le FC Twente, qui est le Club de ma Ville natale, est devenu champion de l’Eredivisie en 2010 et qu’il fallait fêter cela : il fallait plus précisément leur composer un hymne puisque la saison d’après ils étaient qualifiés pour la Ligue des Champions et qu’ils n’en avaient pas. Mais bon, à peine arrivés numéro un, ils se sont plantés lamentablement la saison d’après puis celle d’après.  Ils sont maintenant revenus à leur point de départ et n’auront été Champions des Pays-Bas qu’une seule fois. Je pense que mon Club n’est fort que dans l’adversité, l’embourgeoisement ne leur réussit pas du tout. Mais c’est en réalité tout le Football Hollandais qui est en crise en ce moment, les meilleurs joueurs sont partis prendre de l’argent dans les gros Clubs étrangers.

 

ANR : Tu supporteras quelle équipe au Mondial 2018… vu que les Pays-Bas n’y sont pas qualifiés ?

AV : L’Espagne probablement. Je suis branché Championnat Espagnol, et Messi est actuellement mon joueur préféré… quel joueur ! Pour revenir aux Pays-Bas, il n’y a plus d’équipe nationale. Quand j’étais gamin, la plupart des grands joueurs venaient de Rotterdam. Cruyff est le meilleur joueur de tous les temps. L’équipe nationale des années soixante-dix était plus Fun. C’est devenu un Business. Tout comme la musique d’ailleurs. Les deux sont formatés désormais. Quand j’écoutais Jimi Hendrix ou Led Zeppelin au casque, j’avais l’impression d’être avec eux dans la même pièce.

 

ANR : En plus des douze morceaux de ton nouvel album, et ceux du précédent (« Vandenberg’s MoonKings » paru en 2014), tu vas bien nous reprendre des morceaux sur scène… Si oui, lesquels?

AV : De Free je pense. En 2014, nous avions repris « All Right Now » lors de notre passage à Taratata à la Télé Française. Nous allons la refaire, notamment en rappel. Nous avons également enregistré des Bonus Tracks pour notre version Japonaise, à la demande de la maison de disques.

 

ANR : Vous êtes « Big » au Japon ?

AV : Oui, plus gros que je ne le croyais. Je garde certains souvenirs émouvants de là-bas lors de mes deux passages en tournée avec Whitesnake, car certains fans pleuraient lorsque nous jouions. J’étais jeune et assez surpris de leurs réactions. Visiblement, je suis encore populaire au Japon.

 

ANR : Pour finir, quels seraient les trois moments de ta carrière dont tu te souviendras ?

AV : Ce serait en 1992, lorsque Whitesnake a joué dans un stade en Hollande : il y avait toute ma famille, mes sœurs et mes frères, il c’était une belle soirée d’été. Il y avait aussi tous mes amis qui étaient venus pour moi. C’était donc très spécial, j’étais le seul natif du coin vu que les autres membres du groupe étaient britanniques. La première fois de ma vie que j’ai joué avec Whitesnake demeure aussi un grand moment. C’était au Texas et il faisait extrêmement chaud, les cordes de ma guitares me brulaient les doigts. Et le troisième grand moment est, a contrario, un très mauvais moment : c’est lorsque je venais de  finir de composer l’album « Slip of the Tongue » en 1989, mais que je n’ai été en mesure de le jouer, car à ce moment-là j’ai eu un grave problème au poignet. C’était très frustrant car cet album était mon bébé. Tu as besoin des mauvais moments pour apprécier les bons…

ANR : C’est comme le FC Twente…

AV : Ouais (rires).

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