Hellfest – Conférence Corentin Charbonnier

dimanche/22/07/2018
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Samedi 23 juin

La conférence ne rassemble pas les foules de journalistes, mais ça permettra à l’échange d’être presque intimiste.
Docteur en anthropologie depuis 2015, Corentin Charbonnier a écrit sa thèse sur le Hellfest en tant que pèlerinage pour Metalheads, à l’université de Tours. Il a effectué environ 300 entretiens avec des artistes, des festivaliers, des personnes travaillant pour le fest’.
Selon lui, le Hellfest est un pèlerinage avec ses codes, des rites, ses passages initiatiques.
Après cet état des lieux qualitatifs, il compte poursuivre sa recherche en 2019 en l’élargissant par des données quantitatives. Il se sert des réseaux sociaux pour établir des statistiques. Le taux de réponse est en effet très satisfaisant, avec plus de 45% de réponse de la part d’un public varié : français mais aussi à 20% étranger avec plus de 80 nationalités différentes.
Sa thèse a connu un beau succès en comparaison avec ses confrères anthropologues : il prévoit un 3ème tirage, une version numérique et même une traduction en anglais.
La raison de ce succès : il a préféré monter sa boite et publier hors université. La recherche dans son domaine reste confidentielle, en particulier comparée à la Scandinavie.
La distribution de son livre est assurée par la marque de vêtements et accessoires Metal, Crève creveclothing .com, basée à Laval.

Selon lui, le Hellfest est arrivé à un point culminant de son histoire : on y vient pour l’ambiance plus que pour l’affiche, contrairement au Download par exemple. Il faut avoir fait le Hellfest quand on est métalleux, c’est un passage obligé.

Ce festival est un succès, mais il doit faire face à de nouvelles contraintes. L’une d’entre elles, et non des moindres, est le vieillissement du public et des artistes. Il sera de plus en plus difficile de jouer sur l’argument de la dernière tournée. Les artistes, comme le regretté Vinnie Paul ou Lemmy, figure tutélaire du fest’, meurent, d’autres s’arrêtent. Or ce sont les anciens qui attirent le public. On vient voir Judas Priest, Slayer parce qu’on sait qu’il s’agit des dernières fois. Qui les remplacera, et surtout, qui sera en mesure de donner envie de venir autant qu’eux ?

Une autre contrainte est l’économie qui s’est créée entre les artistes, la presse et les promoteurs. De gros acteurs comme Livenation sont arrivés et imposent leur modèle économique dans lequel les webzines mais aussi les magazines ayant pignon sur rue sont de plus en plus pressurés. Les staff de ces revues sont en très large majorité bénévoles. Ils assurent leur travail d’écriture, de critique et de reportage sur leur temps libre, sans autre rémunération que des accès gratuits aux concerts qu’ils chroniquent. Les artistes eux-mêmes ne sont pas les mieux rémunérés dans ce circuit. Pour une question de standing, les plus en vue se doivent de réclamer de gros cachets, mais tout dépend de leur célébrité effective.

D’autre part, la promotion des groupes se fait de plus en plus selon un format web, court-circuitant les médias historiques de la scène Metal. Les clips sont calibrés pour Youtube, de même que l’esthétique des groupes récents.

Corentin Charbonnier conclut sur une note peu optimiste, à la fois pour les médias, mais aussi, dans une certaine mesure pour le Hellfest : les festivals ayant atteint un plateau en terme de fréquentation tiennent en moyenne 10 ans, pour ensuite connaître une décroissance.

Croisons les doigts pour que les organisateurs du Hellfest, dont on connait l’expertise commerciale, sachent rebondir et nous offrir un festival toujours renouvelé.

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