Chronique de l’album Æthra du groupe Gorod

mercredi/28/11/2018
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Groupe:
Gorod
Album: « Æthra »
Sortie: le 19/10/2018
Label : Overpowered records
Note: 18/20

 

Un nouveau Gorod ? UN NOUVEAU GOROD !!! Ça a été à peu de chose près le cri du cœur que j’ai poussé quand j’ai reçu l’annonce de ce nouveau disque. Car je me dois d’être franc quand j’écris une chronique pour une groupe dont je suis fan à la base. Enfin… « fan »… disons que j’avais surtout, jusqu’à il y a peu, un seul disque du groupe que j’avais énormément écouté, l’excellent « A Perfect Absolution ».

Aillant eu la chance d’interviewer Mathieu et Barby lors de leur passage à l’espace presse du Hellfest l’été dernier, j’avais voulu rattraper mon retard sur les 2 derniers disques parus entre-temps, à savoir l’album « A Maze Of Recycled Creeds » et l’EP thrashy « Kiss The Freak » (réalisé à l’occasion de leur tournée Européenne avec des groupes thrash US) afin d’être au fait de l’évolution du groupe.

C’est donc après m’être gavé de ces 2 galettes (brillantes au passage) qu’on m’annonce l’arrivée prochaine du disque dont nous parlons aujourd’hui et on me le balance, en exclu top secrète, une petite semaine avant l’interview en question. Autant dire que j’ai fait une écoute assez intense avant l’interview mais soyons franc, une semaine n’est pas suffisante pour assimiler pleinement un album de Gorod.

Car c’est bien là la grande force de la musique de Gorod et particulièrement de ce nouvel album : il est rempli de bonnes surprises et de moments de bravoure mais il est également comme une caverne aux trésors. Comprenez par là qu’il faut le mériter ce trésor et s’enfoncer au plus profond dans la caverne pour les découvrir entièrement. Derrière cette métaphore qui ressemble beaucoup trop à l’histoire d’Aladdin (ouais, j’ai placé une référence à Disney dans une chronique de Gorod. Tu vas faire QUOI ?), ce que j’essaye de dire, c’est que ce nouveau disque va vous demandez quelques écoutes attentives avant d’en cerner pleinement le propos.

Produit et enregistré par Mathieu PASCAL, tête pensante du groupe, dans son Bud Studio, mixé au Dugout Studio par Daniel Bergstrand (Meshuggah, Behemoth, Decapitated, In Flames…) et masterisé par Lawrence Mackrory à Obey Mastering (Decapitated, Nightrage…), le moins que l’on puisse dire, c’est que cette nouvelle galette a été TRES soigneusement préparée pour nous offrir la meilleure production possible.

Sans surprise, c’est plus que réussi et on nous sert une ici une production dont on pourrait être limite dérouté aux premiers abords car nous sommes très loin des productions modernes à l’américaine ultra lourdes et massives. Certes, le son reste puissant malgré tout, mais l’accent est ici surtout mis la netteté des différents instruments et celle-ci est juste bluffante. À tout moment de l’écoute, on distingue clairement les différentes parties jouées par les musiciens, que ce soit la basse ou les guitares qui font souvent des mélodies différentes et complémentaires.

Ça peut ressembler un détail que seuls les auditeurs musiciens pourraient remarquer, mais c’est pourtant essentiel pour pleinement profiter de la musique du groupe.

Dès l’ouverture de l’album avec le morceau « Wolfsmond », une tension s’installe entre les arpèges de guitares, la basse ronflante et les rythmiques saccadées, le tout surplombé par le chant qui alterne hurlements et passages presque parlés. Les mélodies sont déjà très présentes mais on sent qu’on est encore juste dans l’introduction.

Les choses sérieuses commencent vraiment avec l’excellent « Bekhten’s Curse » qui attaque tout de suite les hostilités avec un envoutant passage en tapping de guitare (ça tape avec les doigts sur le manche pour les non-guitaristes dans la salle). Le morceau file sur un groove très entrainant et on a droit à de nombreux passages où le chant est quelque part entre le cri et la mélodie (un peu à la Gojira, pour vous donner une idée) qui transporte véritablement sur les refrains. Définitivement un de mes favoris de l’album, très catchy et qui encapsule assez bien l’ambiance générale :

Au passage, allez jeter un œil au très chouette clip qui a été fait pour le morceau ici :

L’ambiance visuel est particulièrement soignée et la mise en scène rend parfaitement justice au concept de cette petite pépite.

On arrive sur le morceau titre « Æthra » qui installe une certaine mélancolie, surtout dans son refrain et aussi dans ces passages puisant dans le funk et le jazz. Car oui, c’est une particularité assez récurrente dans Gorod qui consiste à s’approprier des éléments qui ne sont pas habituels dans un morceau de metal et à arriver, malgré tout, à les fondre en quelque chose d’étonnamment cohérent.

Le morceau suivant « The Sentry » offre, quant à lui, un petit retour dans la violence incisive et typiquement death metal technique mais avec quand-même son lot de mélodies accrocheuses.

Mon attention a été également retenue par le très massif « And the Moon turned black », remplis ras la gueule de rythmiques puissantes et de violence bien senties. Un morceau plus immédiat que les autres qui va vous faire méchamment huiler les cervicales.

Je ne vais pas passer en revue tous les morceaux ici (même si c’est tentant, vu la richesse de l’œuvre) mais retenez que chacun apporte sa pierre à l’édifice et que rien ne semble superflu et ce, même après de nombreuses écoutes. Même au moment où j’écris ces lignes avec l’album dans les oreilles, j’ai encore l’impression d’en découvrir de nouveaux passages et petites subtilités. On y retrouve de tout : de la violence, de la mélodie, de la mélancolie, du pur death technique, des éléments empruntés à d’autres styles, etc. Bref, une petite mine d’or.

Autre point intéressant de l’album est son concept. Vu que nous en avions discuté lors de l’interview, je me permets de vous en mettre un extrait sur le sujet :

« Concernant le thème, l’album s’appelle « Aethra », c’est le nom de la protoplanète qui s’est écrasée sur terre et a créé la lune. Et chaque morceau de l’album parle d’une divinité ou d’un mythe relié à la lune. Donc il y a des morceaux sur des mythologies égyptiennes, tahitiennes, polynésiennes, etc. Le truc, c’est que notre chanteur en a trouvé partout dans le monde en fait. Chaque civilisation a son mythe de la lune. C’est comme le soleil, c’est la première chose que tu vois quand tu es un humain. Le soleil le jour et la lune la nuit. Et des histoires sur des divinités de la lune, il y en a des palettes. »

Un dernier point positif en plus, l’artwork très soigné et signé par l’excellent Jeff Grimal (ex-The Great Old Ones, Spectrale) qui illustre juste à sa sauce (et de façon très inspirée je dois dire) le concept du disque (je ne suis pas très objectif, j’adore son travail).

Un point très appréciable de ce disque et de la musique de Gorod en général, c’est le fait que la technique ne semble jamais gratuite. Elle est avant tout là pour développer un univers musical dense et complexe, oscillant entre le death technique et la musique progressive tout en piochant dans le funk, le blues ou encore le jazz. Leur musique n’est pas forcement la plus facile d’accès à la première écoute mais est tellement riche et nuancée qu’elle offre un voyage assez unique dans le style. C’est d’ailleurs un dernier point que j’aimerais soulever : Gorod fait partie de ces rares groupes qui ont su, au fil des années, développer leur propre son et qui arrivent à se distinguer des autres groupes de la scène. Car soyons honnête, même si j’adore ce style de métal, je suis bien obligé de reconnaitre que beaucoup de groupes sonnent tous un peu pareil.

Gorod fait définitivement partie des bonnes exceptions et mérite qu’on s’attarde sur ce nouvel album et qu’on fasse le voyage avec eux. Il est tumultueux mais magique.

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