Arch Enemy – Covered in Blood

vendredi/01/02/2019
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Groupe: Arch Enemy

Album: Covered in Blood

Label: Savage Messiah Music / Sony Music Entertainment

Date de sortie: 18 janvier 2019

Note: 14,5/20

 

 

La reprise constitue un des principaux marqueurs de la carrière d’un artiste ou d’un groupe. Lesquels apprennent le Métier en reprenant les morceaux qui leur chantent, puis rendent hommage à leurs influences une fois la consécration acquise. L’édition d’un disque de reprises correspond à des visées diverses. Marquer un tournant dans le parcours artistique (le quelque peu soporifique « Pin Ups » de Bowie en 1973, entre sa période Glitter et son incursion Funk poudré blanc). En guise d’épitaphe plus ou moins assumé (l’inepte « The Spaghetti Incident ? » de GNR en 1993). Assumer son côté Fan (le potache « B-Side Ourselves » de Skid Row, 1992). Pour rappeler ses origines plébéiennes, à la suite à un disque marchant au train de sénateur, et rendre hommage à l’Underground (le judicieusement bien-nommé « Undisputed Attitude » par Slayer, 1996). Il y a aussi l’intégrale des reprises déjà publiées (le Sexy « Garage Inc. » de Metallica, rassemblant en 1998 « Garage Days », nouvelles Covers, l’édition limitée « Motorheadache », et autres faces B). La reprise, c’est l’histoire de la vie, le cycle éternel, comme le chantait la BO d’un film léonin à destination des tout-petits.

En parlant d’éternel, les auteurs de « War Eternal » se sont, à leur tour, fendus ces jours-ci d’un tel recueil. « Covered in Blood » illustre par petits bouts tout ce qui a été écrit plus haut : après le magistral « Will to Power » de 2017, suivi d’une tournée mondiale des plus étalées géographiquement (vu trois fois en moins de six mois pour ma part, à Paris, Nancy et Clisson), Arch Enemy a souhaité compiler, rendre grâce, faire montre de ses origines ainsi que de sa pleine et entière crédibilité… et occuper l’espace ainsi que l’actualité. Si la jaquette, un tantinet banale, n’apporte rien au Schmilblick, la pochette intérieure du disque donne le La de son contenu : un dessin de veste à patchs (sur laquelle sont cousus les écussons des formations jouées). Oui, puisque la Metal Kutte est un des accessoires des plus emblématiques : un vêtement personnalisé qui rend gloire aux idoles et distingue son porteur de ses semblables. Effectivement personnelles, les notes du livret enfoncent le clou dans le Jean et sont signées Michael Amott, concepteur, tête-pensante d’Arch Enemy. Certaines des reprises, antérieures à 2014, sont interprétées par la vipérine Angela « Droit de vie et de mort sur les photographes accrédités » Gossow ; d’autres, postérieures à 2014, transitent par le puissant coffre de la Glamour Alissa « Maison à Montréal » White – Gluz.

Le plus conventionnel y côtoie le très jouissif. « Covered in Blood » s’ouvre par l’inédite et étonnante reprise de « Shout ». Soit un hit de l’année 1985, ainsi qu’un des trois ou quatre classiques (avec « Every wants to rule the World » et « Sowing the Seeds of Love ») au crédit du duo New Wave Tears for Fears. Iconoclaste et bigrement bien accaparée, seuls les chœurs demeurent fidèles à ceux d’origine ; l’interprétation autoritaire d’Alissa, la production ainsi que les arrangements géniaux d’Amott sont archétypaux de ce qu’est Arch Enemy en 2019. D’ores et déjà un des meilleures simples de cette année. Dans la même veine variété internationale, le lancinant « Shadow of the Wall » de Mike Oldfield » est magistralement adapté par les suédois : bondissant et acidulé, supérieur à l’original. Le reste de l’album se partage moit’-moit’ entre Punk-Hardcore passé à la moulinette Melodeath : le « City Baby Attacked by Rats » de G.B.H. (présent sur la version Digipack édition limitée de « Will to Power », donc écouté dans les cinq-cents fois en seize mois par votre serviteur) ; Discharge (la claustrophobe version de « Warning ») ; les suédois de Slitslickers (quatre missiles, issus du récent EP « Råpunk ») ; plus deux autres combos locaux : Anti-Cimex et Moderat Likvidation. Et bien entendu le Heavy Metal traditionnel des années 1980-1990 : le convenu « Breaking the Law » de Judas Priest (racheté ensuite par un « Starbreaker » sonnant plus juste), un lourdingue et clinique « Symphony of Destruction » de Megadeth… ainsi que des tocades aux voisins danois de Pretty Maids, à leurs compatriotes d’Europe et de Dream Evil, à Kiss, Scorpions, Manowar voire à Queensrÿche… et enfin à Carcass (« Incarnated Solvent Abuse »… dont Michael Amott est un des co-auteurs) seul représentant ici de la faction Metal extrême. Composé de vingt-quatre pistes, ce Panthéon intimiste s’achève sur le malicieusement inversé « The Ides of March », l’épique et court instrumental ouvrant « Killers » (de qui-on-sait). Honorant son nouveau statut de Superstar, le Pullman du Death Metal réussi agréablement sa manœuvre. Mais élève encore la prochaine marche que Nemesis devra gravir.

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