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elodie sawicz

Interview avec Elodie Sawicz

mercredi/25/09/2019
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Art N Roll a profité de son passage au Motocultor pour échanger avec son attachée de presse Elodie Sawicz de L.O Communication. Une figure bien connue du milieu Metal, qui dévoile son parcours et ses futurs projets.

Crédit photo: © Avril Dunoyer

 

Art N Roll : Tu as une longue expérience, quand as-tu senti que c’était le bon moment pour toi de passer au statut indépendant ?

Elodie Sawicz: Je suis indépendante depuis 2011. Le déclic c’était que je ne restais jamais en poste, je n’étais jamais à ma place. Quand j’arrivais sur un poste on me laissait toute la latitude pour penser la stratégie et le développement, mais j’avais toujours un chef au-dessus pour m’imposer une vision que je ne partageais pas forcément.  Ça perdait tout sens et je m’en allais. C’était l’histoire de ma vie jusqu’à mes 30 ans.  A tel point que je me demandais si je serai assez stable un jour.
J’ai changé littéralement de carrière, j’ai ouvert un spa. J’ai goûté à l’indépendance à travers cette expérience-là. Ça a duré 2 ans. J’ai recommencé la promo par hasard. Rage Tour cherchait une attachée de presse pour Tagada Jones. J’avais encore énormément de connexions dans la musique parce que je suis entourée d’intermittents. Un client en a appelé un autre. Le constat s’est imposé, j’avais des clients, j’aimais ça et je n’étais plus instable du tout. Il me fallait ce statut de freelance pour me lancer dans mes projets et refuser des choses.

 

ANR : Tu as fait un passage chez Dooweet, peux-tu nous en dire plus sur cette expérience ?

Elodie : Je suis lilloise, Dooweet était à Paris et à une époque pour être attachée de presse il fallait avoir une adresse parisienne. Chez Dooweet ils avaient de bonnes idées, je trouvais que Chris était assez pertinent, il est créatif dans sa vision stratégique. C’était intéressant de partager nos visions et de collaborer. Il est venu un moment où Dooweet faisait d’autres choses et je restais assez spécialisée. J’avais beaucoup d’artistes, mais on ne savait pas que c’étaient mes artistes. Il y avait une confusion entre ce qui était à Dooweet et ce qui était à moi. D’un commun accord on a repris des chemins différents. J’ai fait de la promo en mon nom, avec un nom très simple L.O communication. Ça n’a rien changé à mon quotidien, mais je me suis assumée.

 

ANR : Justement, c’est quoi ton quotidien en tant qu’attachée de presse ? Jusqu’où vont tes prestations pour les groupes avec lesquels tu travailles ?   

Elodie : D’un groupe à l’autre je n’ai pas les mêmes prestations, même si le dénominateur commun ce sont les relations presse. Pour mon métier d’attachée de presse j’ai une journée assez classique. Je traite mes mails le matin.  Je fais des tableaux, je rédige des communiqués. Je parle beaucoup beaucoup au téléphone. Après il y a une question de saisonnalité car il y a plusieurs typologies de clients. Il y a les artistes et il y a les festivals.
Les festivals c’est un taf à l’année avec des temps d’annonce, de programmation, de négociation partenariats etc. Puis du temps d’exploitation. Ce n’est pas le même rythme de travail.
Pour des plans de promo artiste, au départ c’est un contact humain. J’écoute ce que fait l’artiste, ça me plait, ça ne me plait pas.

 

ANR : Tu ne sélectionnes qu’au coup de cœur ?

Elodie : Oui. Enfin, des coups de cœur j’en ai, après il y a des choses que je vais énormément apprécier en live et peut-être moins à la maison. Je ne peux pas dire que ce soient toujours des coups de cœur mais j’aime toujours leur musique. Je les trouve qualitatives. La prod est bonne. Je suis quand même marié à un ingénieur du son. (rires) Il y a une énergie derrière.
La bonne musique ça ne suffit pas. Il faut des gens qui tournent. J’ai déjà eu des groupes qui me demandaient des relations presse, dont les projets étaient cohérents mais derrière il n’y a pas eu de tournée. Il me manque tout un pan d’actualité. Si tu ne me donnes pas des dates de concerts et de festival, je ne peux pas faire de miracle. J’ai besoin d’actus pour relancer l’intérêt des médias. Il faut que je sente qu’il y a une envie et une énergie de la part de l’artiste et de son entourage.
Là j’ai des artistes qui arrivent, qui sont cools, hyper motivés. On m’a dit qu’ils avaient envie de bosser avec moi parce qu’il y a de l’échange de vision stratégique. Et ça me plait autant qu’eux. Je ne suis pas juste une prestataire lambda, je participe à leur développement.

 

ANR : Actuellement tu reçois beaucoup de demandes ? C’est toi qui vas chercher les groupes ?

Elodie :  Je ne vais pas chercher les groupes parce que je n’ai pas le temps (rires). Les gens me voient bosser sur les dates, sur les festivals et les opportunités se font de manière informelle. Les mecs passent me voir pour me dire qu’ils aimeraient bien travailler avec moi sur la sortie d’un album. Je ne fais pas de vraies démarches.

Nostromo, on s’est vus au Download, on s’est vus au Hellfest, on s’est revus à Béthune. Je faisais la promo de leur groupe de première partie. Le manager m’a rappelée pour me dire que le groupe voulait bosser avec moi. Je n’ai rien fait pour mais je pense que les gens regardent mon travail. Les artistes que je défends sont ma meilleure vitrine.

 

ANR : Sur des métiers comme le tien, qui sont des métiers passions, est-ce que tu arrives à trouver un équilibre entre le personnel et le professionnel ?

Elodie : Moi comme mon mari, nous sommes passionnés. On peut buguer devant nos ordis pendant des heures. Ça aide ! On a la même vision de frontière vie perso/vie pro un peu floue. Même si avec l’âge j’essaie de mettre des limites. Par exemple je ne prends plus d’appels après 19h.  C’est nouveau. Le week-end j’essaie d’éviter les rendez-vous.
Le problème des métiers passion c’est que tu frôles le burn-out facilement. Je suis très heureuse dans ce que je fais mais ça peut arriver et j’en suis consciente. A 37 ans je fais l’effort de compartimenter un petit peu. Même si le soir je peux aller voir des concerts pour le plaisir.

 

ANR : Est-ce que tu arrives facilement à mettre un prix sur tes prestations ?

Elodie : Oui. Je connais les prix de mes confrères. Je me situe au bon prix. Je suis ni trop chère ni trop peu chère. J’ai des charges à payer et c’est mon métier (rires). Je pense que le volume horaire justifie ce prix. J’essaie d’adapter au mieux en fonction des esthétiques. Parfois je m’autorise à sortir de ma zone de confort et à faire des projets qui ne sont pas totalement metal. Dans ces cas-là je peux toucher plus de médias. C’est un fait. Si je sais que je peux faire un travail plus conséquent, je sais que je peux proposer un prix un peu au-dessus.
Sur certains projets je prends le pas sur le Marketing. Je gère les espaces publicitaires. Si je suis vraiment dans la régie marketing suivie avec deadline, je peux prendre un budget supérieur car c’est une autre tâche. Je fais aussi un peu de Community management et de stratégie. Ce sont des prestations qui peuvent être complémentaires.

 

ANR : La négociation avec les groupes sur ce plan tarifaire se passe comment ? Est-ce qu’ils arrivent à comprendre toute la valeur ajoutée de ton travail ?

Elodie : Les groupes professionnels savent, ils ne discutent pas. J’ai un groupe qui a négocié une fois, c’était leur distributeur qui a entamé la discussion. Il a tenté (rires). Je lui ai dit que j’étais au bon prix et il n’a pas insisté. Je pense être juste. Je ne suis pas quelqu’un de vénale. J’aimerais bien grossir à termes, je devrais alors payer des effectifs. J’ai des logiciels, des outils qui servent les artistes. Ils sont bien contents d’avoir des revues de presse en ligne, cliquables. Ce sont des outils, du confort pour eux, mais ça se paie.
Ils comprennent la valeur ajoutée car le monde de la musique mute beaucoup depuis ces 15/20 dernières années. Les labels avaient avant des attachés de presse en interne. Il n’y avait pas tant de freelance que ça. Aujourd’hui il y a un tas de petits labels où le mec fait tout. Du pressage au merch, à la com, à la négo artiste. Certains seraient assez probant en com, mais ils n’arrivent pas à tout faire. Ce qui est normal, ce ne sont pas des surhommes. Dans ces cas-là l’attaché de presse prend toute sa valeur. Un super projet dans un garage, si personne ne le sait restera un super projet dans un garage. La com c’est le nerf de la guerre, c’est ce qui véhicule un message. Sans com tout le reste est vain.

 

ANR : Sur la partie festival tu es devenue incontournable. On te voit bosser au Download, au Hellfest et au Motocultor. C’est une très belle réussite ! Comment en es-tu arrivée là?

Elodie : Comment j’ai démarré là-dedans ? Grâce à Replica Promotion. Je vais juste faire une nuance entre les festivals car je suis attachée de presse pour le Download et le Motocultor, mais pour le Hellfest Roger et Olivier de Replica Promotion me délèguent une partie du travail.
Quand j’ai recommencé la promo, j’ai été en lien avec Rage Tour, j’ai fait la promo de leur festival des 20 ans. J’ai rencontré un de leur booker, Kalchat. En fait, je voulais être bénévole au Fury Fest dans mes jeunes années. Je n’avais pas l’argent pour aller en train jusqu’au Mans. Ils me prenaient, ils avaient aimé mon CV et ma lettre de motivation, mais je n’avais pas l’argent pour y aller. Vu que je suis passionnée de Metal et de Rock j’ai toujours voulu bosser au Hellfest. J’ai toujours été fascinée par le spectacle. J’ai bossé longtemps en label et ça ne m’allait pas parce que j’avais besoin d’entendre le bruit des scènes. Les balances et l’effervescence. C’est ça qui me guide. C’est là que je suis à ma place.
Kalchat qui est donc booker chez Rage Tour et qui gère tout le catering bénévole au Hellfest m’a recommandée à Roger. J’entendais dire que sous la tente presse ils étaient overbookés avec les 1500 journalistes présents, les demandes d’interviews etc.  On s’est rencontrés avec Roger. Je lui ai expliqué ma motivation, il m’a dit « ça marche ». C’était la première année, on s’est bien marrés et on est devenus bons amis. C’est une très belle rencontre. On a la même façon de fonctionner. On est francs, quand il y a quelque chose qui fâche on le dit. On aime les gens et on a envie de les accueillir. Je me suis retrouvée dans mon élément. Je ne pouvais pas être avec des gens qui me ressemblaient plus. Il a une vision old school de la relation qui me va.
J’ai commencé le bénévolat, au bout de la troisième édition ils ont voulu me payer et là c’était ma 6ème édition cette année. Ils me paient pour gérer les box interviews. Je connais bien les groupes français et la presse, donc je les accueille. Ils m’ont ouvert les portes. On pourrait croire qu’on est aujourd’hui un peu concurrents, même si je n’ai pas la même ampleur qu’eux. Mais non, au contraire, ils m’ont vraiment accueillie. C’est même eux qui m’ont recommandée pour le Download pour être honnête.

 

ANR : Et pour le Motocultor ?

Elodie : Ils cherchaient un attaché de presse. Ça ne s’était pas bien passé avec le dernier, qui était un local. C’était un généraliste qui ne connaissait pas bien la musique spécialisée. Le problème c’est qu’il y a des codes dans le metal et dans le rock. J’ai travaillé pour une autre attachée de presse sur le Mainsquare festival, qui est un festival plus généraliste de Live nation. Un festival reste un festival. Tu coordonnes des interviews, tu solutionnes plein de petits problèmes, tu gères des accès, néanmoins dans le rock et le metal c’est bien d’avoir un attaché de presse spécialisé. Tu mets les artistes plus à l’aise.
J’ai donc échangé avec Yann, le fondateur, sur les conditions. C’est ma deuxième année. Je prends mes marques. Je travaille avec des gens qui sont là depuis de nombreuses années. J’essaie de ne pas bousculer leur microcosme. Ça me semble logique. J’essaie d’apporter de la structure et des idées d’animation. La conférence de presse de cette aprèm a ramené beaucoup de gens. Derrière on a eu des huitres à offrir. Ce sont des améliorations sympas, qui plaisent à tout le monde.

 

ANR : Le fait d’être une femme dans un monde très masculin, ça a été un avantage, un challenge ou pas du tout ?

Elodie : C’est très masculin mais je suis à l’aise avec les techniciens. J’ai d’ailleurs tendance à aller manger avec les techniciens et pas avec les artistes. Mon mari est technicien, mes potes sont techniciens ; les intermittents du spectacle je les connais. J’aime cet esprit simple. Ce sont des gens qui sont durs à la tâche, bosseurs, déconneurs et respectueux. Il y a peu de femmes mais il y en a à des postes de régie, où tu drives. Est-ce qu’il faut gueuler ? Oui mais comme partout, ce n’est pas lié au metal ou à l’univers masculin. Parfois je tombe sur des femmes qui sont des c*****.
Tu es obligée de clasher pour se faire respecter. Ça m’est arrivé 1 ou 2 fois. Une fois que c’est fait c’est bon. Ce n’est pas une question de sexe, c’est une question de personnalité. Il y a des gens qui ont besoin de s’affronter. Je l’ai rencontré dans le rap. Il fallait que je hausse la voix pour dire que c’est moi qui gérais et ça allait se passer comme ça.
Je n’ai aucun problème sexiste particulier si ce n’est ceux qui jalonnent la société, et encore je pense que le milieu metal est beaucoup moins sexiste que la société.

 

ANR : Quelles sont les prochaines étapes et prochains challenges pour toi ?

Elodie : Continuer à être égale. Continuer à être dédiée à l’ensemble de mes clients. Je mêle festivals et artistes sur fond de rock metal. J’ai toujours eu une curiosité intellectuelle. Ça me nourrit. Je resterai toujours dans le metal parce que j’adore ça, par contre j’ai de la curiosité pour d’autres disciplines.
Je bosse pour un festival de cinéma en novembre et j’adore ça. C’est le Arras Film festival. Je gère plutôt Vincent Cassel et Pierre Niney. Rien à voir. Ça ne change pas trop de corps, ce sont les mêmes enjeux. Ce sont juste les codes qui changent un peu. Je me sens à ma place. Je travaille dans ma région et ça me fait plaisir.
Je ne ferai pas du hip hop parce que je ne sais pas faire. Je continuerai le rock et le metal. J’aime aussi les projets un peu hybrides qui mêlent de l’électro et de l’indus. Si j’ai l’occasion de faire de l’art ou des festivals de ciné je le ferai. J’ai quand même une fac d’histoire de l’art dans les pattes ! Je ne défendrai pas des films à l’année, ce n’est pas mon job. Par contre, en festival oui.

Mes projets à venir. Je vais créer une agence qui va s’appeler « singularités », qui sera atypique, à mon image. Je me suis toujours dit qu’il fallait être dans des cases pour être comprise mais je me rends compte que plus le temps passe, plus je fais ce que je veux et mieux ça marche.

 

ANR : Tu vas donc recruter ?

Elodie : C’est l’ambition oui, il y a une question d’économie. Il y a une question de curiosité culturelle, mais la musique ce n’est pas ce qui paie le plus. Si je peux faire me faire plaisir en faisant des festivals un peu différents et embaucher des gens qui ont la niaque ce serait génial. On va y aller étape par étape. Je suis dans l’analyse, je me fais des bilans et qualitatifs et financiers. Je sais que ça marche bien. J’ai un peu le vent en poupe sur certaines esthétiques et ça me fait hyper plaisir ce genre de reconnaissance. Quand les artistes sont contents ça me fait super plaisir. Je veux rester qualitative.
L’annonce de l’agence je vais la faire dans pas longtemps. Je suis en train de faire le site. Je vais développer les choses et voir si je suis pertinente. On va y aller par étape.

 

 

 

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