Interview d’Einar Selvik du groupe Wardruna

jeudi/06/07/2017
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« La période viking n’est qu’un bref moment dans une tradition bien plus longue »

Quelques heures avant le concert qui a surpassé tout ce que le Hellfest 2017 avait à offrir, Einar Selvik de Wardruna a accordé quelques interviews. Dix minutes par journaliste, ça pourrait être frustrant, mais un homme capable de transporter une horde de metalleux deux mille ans dans le passé par sa simple voix peut assurément donner du poids au plus bref des entretiens. Popularisé au-delà des cercles pagan par son implication dans la BO de la série Vikings, Wardruna nous plonge dans une tradition qui dépasse largement sa période la plus connue

 

Art N Roll : Avec Runaljod – Ragnarok, sorti en 2016, vous avez achevé votre trilogie centrée sur la lecture des runes. Qu’avez-vous prévu pour la suite ?
Einar Selvik : Je ne peux pas rentrer dans les détails ici, sinon je devrais vous tuer (léger sourire). J’ai beaucoup d’idées en réserve, certaines datent même des tous débuts du groupe. J’aime en tout cas ce sentiment de liberté qui s’ouvre à moi. Je vais expérimenter de nouveaux formats et bien d’autres choses.
ANR : Votre projet Skuggsjá, avec Ivar Bjørnson d’Enslaved, est parti d’une commande officielle pour les 200 ans de la constitution norvégienne. Vous avez également joué dans le musée des navires vikings d’Oslo. Sentez-vous une attention institutionnelle pour votre musique ?
Einar :  En effet, et je vois encore plus d’intérêt de la part du monde universitaire. J’ai même été invité pour donner des conférences aux universités d’Oxford et de Reykjavik. Mon travail de recherche pour Wardruna est pris très au sérieux. Ce n’était pas évident à l’origine car je potassais sur les runes, ce qui effraie en Norvège. La pratique y est en effet associée aux nazis. Les choses changent enfin : nous sommes fiers de nos runes et de notre héritage, nous ne les laissons plus à l’extrême droite.
J’ai de toute façon été clair dès le début et suis resté très sérieux dans mon approche. L’intérêt du gouvernement nous a aussi aidés à dépasser tout cela. Les universitaires et les experts respectent mon travail, je lis d’ailleurs plus de littérature scientifique et historique que certains d’entre eux.
ANR : Comment percevez-vous la fascination qu’ont de nombreux étrangers pour les Vikings ?
Einar : Il y a en effet un fort intérêt international, au point que la Norvège a été forcée de se pencher sur sa propre histoire et d’en devenir finalement fière. Nous venons d’une culture singulière, longtemps laissée tranquille par les Romains et le Vatican. L’héritage nordique forme un isolat culturel unique, lié à certaines des plus anciennes traditions européennes qui n’ont pas forcément survécu ailleurs.

 

ANR : Vous ne pensez pas qu’on associe trop facilement la musique de Wardruna aux Vikings ?
Einar : Je suis content que vous posiez cette question. Honnêtement, je ne trouve pas la période viking si intéressante, ce n’est qu’un bref moment au sein d’une tradition bien plus longue. C’est une époque qui a connu beaucoup de changements et de migrations. (Ndlr – D’un point de vue historique, la période viking s’étend du pillage de Lindisfarne en 793 à la bataille de Stamford Bridge en 1066. Elle a donc duré moins de trois siècles.)
Wardruna n’est donc pas franchement centré sur les Vikings. C’est pourquoi nous utilisions des runes protoscandinaves, plus anciennes et plus proches de la nature. Je me passionne davantage pour l’âge du bronze, mais je ne me limite pas à une seule période. Nos instruments viennent aussi bien de l’âge de pierre que du moyen-âge. En fait, nous aimons toutes les traditions liées à la nature. Notre culture est un produit de cette nature environnante, qui naît dans notre cas de la même terre scandinave.

 

 

 

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