Interview de Rich Meyer d’Highly Suspect

dimanche/26/03/2017
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La veille de leur premier concert en France, Highly Suspect est à Paris pour promouvoir la sortie de leur dernier album “The boy who died wolf”. Rich Meyer, bassiste du groupe, répond aux questions d’Art N Roll.

 

Art N Roll : Highly Suspect débarque en France après une nomination très remarquée aux Grammy Awards. Peux-tu nous parler de la création du groupe ?  

Rich Meyer: Le groupe a démarré il y a 10 ans environ lorsque j’ai rencontré Johnny à une soirée. Nous avions été au même lycée sans se fréquenter. Quand je suis allé à cette soirée j’avais ma guitare acoustique avec moi et on a commencé à faire de la musique ensemble. Ça a tout de suite collé, d’ailleurs on vit ensemble depuis 10 ans.

J’ai été charpentier, j’ai eu plusieurs boulots pour survivre. Il n’y a pas d’argent pour les groupes qui commencent. On n’a pas mal déménagé, à chaque fois il fallait tout recommencer. Trouver des fans, reprendre un job. Johnny et Ryan ont fait du jardinage, été barmen, plombier, etc.

On a réussi à décrocher un deal avec un label et on a arrêté tous ces petits boulots. Mais nous n’oublions pas que nous avons dû travailler dur pour en arriver là.

 

ANR : Lors de votre apparition aux Grammy Awards, Johnny portait une veste de cuir noire avec le mot “impeach” (destituer) inscrit au dos. Les médias ont dit que c’était la revendication la plus pertinente et significative de la cérémonie.

Rich : Cool! Nous sommes très malheureux avec l’état actuel de la politique aux Etats-Unis. Nous pensons que ce serait une première étape pour que les choses aillent mieux.  Ça ne résoudrait pas tout mais ce serait un premier pas. Nous ne voulons pas en parler tout le temps parce que c’est trop déprimant mais nous voulons que tout le monde sache ce que nous pensons.

Nous ne prêchons pour rien. Désinvestissez-le, c’est tout.

 

ANR : Kerrang! A fait un article sur vous le mois dernier, sur les 11 raisons pour lesquelles High Suspect devrait devenir notre groupe préféré. Une des raisons est que vous perpétuez cette tradition du sex, drugs and rock’n’roll alive!

Rich : Donc Kerrang pense que d’autres groupes du moment n’ont pas ça! Cool ! J’ai toujours aimé cet élément du Rock. Je fantasmais beaucoup en écoutant Jimi Hendrix, Led Zeppelin, the Rolling Stones en me disant qu’ils devaient avoir une vie géniale.

On fait ce que l’on fait parce que c’est fun et parce que nous aimons avoir du fun. Quand on est un homme de 31 ans, le fun passe souvent par les drogues, l’alcool et les femmes et je n’ai pas honte de le dire et de vivre cette vie. C’est inhérent chez nous (rires).

 

ANR: Highly Suspect a sorti 4 Eps, 2 albums studio albums en 2 ans. Comment ressentez-vous l’évolution de votre musique ?

Rich : Notre musique était plus expérimentale quand nous étions débutants. Nous voulons garder cet état de créativité mais nous savons ce que nous voulons faire maintenant. Notre musique est plus dense qu’il y a 6 ans. Nous sommes plus consistants.

 

ANR: parle-moi un peu du processus créatif derrière chaque morceau. Qui fait quoi ? Comment c’était de travailler avec Joel Hamilton?

Rich : Chaque album, chaque morceau est différent. Sur le dernier album, Johnny écrivait un morceau avec un refrain et des couplets. On apprenait à le jouer puis on apportait nos propres parties. Idem pour les morceaux que j’ai composés. Pour le nouvel album, nous nous sommes assis ensemble pour composer les riffs et les refrains sans paroles. Une fois la musique terminée, Johnny écrit les paroles.C’est vraiment un processus collaboratif.

Joël est un super producteur. Il nous a beaucoup appris, notamment sur le travail des silences. Un silence est un son. Il faut prendre du recul par rapport à la situation et se demander ce dont le morceau a besoin et pas ce que tu veux démontrer. Le plus important n’est pas de montrer que tu es le meilleur bassiste du monde mais bien de replacer le morceau au centre du débat. Je pense qu’on est devenu beaucoup plus humbles.

 

ANR : c’est intéressant car il me semble que beaucoup de morceaux que nous écoutons actuellement sont « sur-produits ».

Rich : Tout-à-fait et je pense que ça vient vraiment du producteur. Il va vouloir montrer ce qu’il sait faire, vouloir rajouter des sons et dire on peut faire ci et ça. Mais de quoi le morceau a-t-il besoin pour relayer un message ou un sentiment ?

 

ANR : vos paroles sont très personnelles. “Song For Billy” est une réaction au suicide d’un ami. Le single “Lydia” parle de la rupture brutale de Johnny, “Bath Salts” se réfère une overdose. Ce qui frappe c’est l’honnêteté et l’aspect direct de ces paroles.  Comment arrivez-vous à transmettre de manière si franche?

Rich : Je pense que nous avons créé un environnement où Johnny est suffisamment à l’aise pour tout partager. C’est juste de l’honnêteté à l’état pur. Si nous n’avions pas ce genre de relations nous ne pourrions pas faire de la musique ensemble.

J’apprécie que tu me dises que notre musique est si vraie. C’est notre but.

 

ANR: on sent que pour Highly Suspect l’impact visuel est très important.

Rich : Notre image est très importante. Nous avons accepté le fait que nous sommes des personnes vaniteuses. Ça n’a pas toujours été le cas mais quand tu joues devant des milliers de personnes, que tu sais que des personnes regardent tes photos ça change la donne. Tu deviens plus conscient de ton image. Tu veux paraître le mieux possible. C’est un peu superficiel mais je suis superficiel. J’ai tendance à juger les personnes qui ne prêtent pas assez attention à leur apparence. Je me dis qu’elles doivent négliger d’autres parties de leur vie.

 

ANR : On retrouve cet impact dans les clips.

Rich : On a tous des idées pour les clips mais les gens du label nous disent toujours que ce n’est pas possible. Parfois on n’arrive juste pas à se mettre d’accord sur un concept. Ce que l’on fait est qu’on a des auteurs qui nous envoient des propositions de script. La plupart sont nulles et finissent à la poubelle. On est très exigeants mais de temps en temps on aime une idée et on se lance. La vidéo de Lydia est ma préférée. Elle vous fait ressentir quelque chose, on se dit « mais quand est-ce qu’elle va respirer ! ». Tout a été tourné en une séquence. L’actrice peut retenir sa respiration pendant 10 minutes. J’étais sur le set pendant le tournage et je me sentais mal. Elle n’a pas respiré pendant plus de 4 minutes… je sais qu’il y avait des plongeurs autour mais quand même !

ANR : vous jouez demain aux étoiles, un lieu plutôt peu commun. Comment êtes-vous arrives là?

Rich : Exemple parfait! Un endroit original. Nous ne voulons pas nous montrer comme un groupe américain classique. D’ailleurs on déteste les groupes américains à part Queens of the Stone Age et Deftones.

J’adore Gojira. Ce sont des amis, ils vivent à New-York. Jo vivait à côté de chez nous, on a fait des meubles ensemble, créé un studio à Bushwick. Je connais moins les autres membres du groupe, ils ne parlent pas trop anglais et moi pas français. La communication est plus difficile.

Sinon j’aime Sia, Rihanna, Bon Iver, The Weeknd mais aussi de la musique classique.

 

ANR : Que fais-tu quand tu ne fais pas de musique ?

Rich : J’aime faire la fête! Je fais beaucoup de sport, je cours tous les jours. Je fais aussi un peu de dessin et surtout j’apprends à produire de la musique sur ordinateur.

Je lis énormément, j’adore Charles Bukowski. Je lis beaucoup de poésie.

Et les séries ! Taboo avec Tom hardy est géniale. Game of Thrones, Narcos, Boardwalk Empire etc… j’en aime tellement!

 

ANR: quels sont les projets pour Highly suspect cette année?

Rich : Nous allons beaucoup tourner, on revient en France cet été dans un festival. Mais on ne peut pas dire où. Après on revient aux States pour des festivals aussi. On aimerait bien faire un break aussi.

On a enchainé deux albums rapidement, on ne voulait pas que les gens pensent qu’on ne pouvait faire que Lydia.

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