Kreator – Gods of Violence

vendredi/17/02/2017
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Groupe : Kreator
Album : Gods of Violence
Label : Nuclear Blast
Sortie le : 27 janvier 2017
Note : 17/20

 

Mille Petrozza est un Homme formidable. En plus, tout porte à croire qu’il a été conçu comme ça circa 1967, année de l’Amour. D’ailleurs, l’approche de la cinquantaine semble le bonifier. James Hetfield déclarait lors de la promo de son dernier Blockbuster qu’il a l’impression, dans la seconde moitié de son existence, de corriger les erreurs commises durant la première : nous serions tentés de dire la même chose de Mille… mais, sans pour autant trouver trace quelque part d’erreurs humaines et/ou musicales de sa part. Ainsi, en trente-deux années ininterrompues et sans contredit de Kreator pour quatorze albums studio, bien vicieux qui pourra trouver une faille dans la carrière de notre chanteur – guitariste – auteur – compositeur Zen. Le bonhomme blême aux oreilles de Monsieur Spock qui bave torse-nu sur ses pochettes a toujours vécu placidement le fait d’être un deuxième couteau du Thrash au plan mondial, et un des quatre piliers du Big Four Teuton. Le créateur a joué presque partout, avec même intensité et dévouement à la cause : en atteste, entre autres, la titanique performance délivrée en septembre 2013 sur les humbles planches du Mennecy Fest, dans l’Essonne.

Car sur le plan humain, le Germano-Calabrais est un modèle. Et ne force pas, ni ne s’est jamais forcé à être bon. En témoigne la lecture de ses passionnantes ITWs, qui se lisent avec la même espérance en l’être humain que n’importe quel opuscule d’Alexandre Jollien ou de Matthieu Ricard… Mille Petroza y délivre en vrac et en toute spontanéité sa foi en nous autres, ainsi que sa perception de notre Monde troublé et ensanglanté… notamment le fait qu’il ne « leur » fera pas l’honneur de « les » citer dans ses paroles ou textes en dépit de « leur » obstination à vouloir entrer dans l’Histoire en massacrant des innocents. Mille Petrozza a été bousculé par la tragédie du Bataclan, salle où Kreator a joué à deux reprises (2012 et 2014). « Gods of Violence » est donc le fruit de ce que Mille Petrozza pense et vit.

De par le thème abordé, tout d’abord. Il a placé un « s » à la fin de « God », histoire de ne stigmatiser aucune Religion. Ne pas forcément y voir ici un énième relativisme creux. Là où Kerry King et les siens cognent sans discernement et en pure provocation, et là où les textes de Dave Mustaine ne sont que cynisme et nihilisme, Petrozza joue sans peiner la carte de la lucidité et de l’espoir. Cet album désigne la cause : les « Dieux de la violence ». Et nomme les victimes : les « Frères tombés » (« Fallen Brothers »). Il rend hommage à ceux qui ont injustement été sacrifiés, au nom d’une cause dont l’existence n’est à ce jour aucunement démontrée. L’hymne « Satan is Real » rappelle opportunément qu’il ne faut pas se fier aux apparences… et que le Mal sur Terre n’est pas forcement là où certains arriérés le désignent bigotement. Nulle démagogie ou complaisance de la part de l’auteur. En dépit de la présence du malheur ambiant dans la plupart des compositions (« World War Now », « Totalitarian Terror », « Army of Storms », « Death Becomes my Light »). Les thèmes de « Reign in Blood » ou d’« Holy Wars » appartenaient jadis au passé ou au lointain, ceux de « Gods of Violence » au quotidien de l’Occidental de 2017, qu’il soit Allemand ou autre. Glissement historique.

De par l’approche musicale, ensuite. Nul « Renewal » n’est à l’ordre du jour chez Kreator. Uniquement un savoir-faire classique mis au goût du jour. La volonté de renouer et de célébrer des fières racines Heavy et Speed Metal transpire la trame de l’ensemble des pistes. Les hommages à peine masqués à la Vierge de fer y sont Légion, notamment les chorus presque celtiques (« Apocalypticon », « Totalitarian Terror », « Hail to the Hordes »). Le début du morceau « Gods of Violence » exsude le Metallica 1984-1986, la suite lorgnant vers le Judas 1990. « Satan is Real » est entêtant, s’incrustant immédiatement dans le Cortex : il sera scandé à travers le Monde Libre au fil de la tournée en cours (dont le Hellfest). Hormis la qualité de la production, la pression n’est jamais relâchée par Mille et les siens. Comme tout bon album de Metal contemporain, c’est l’incontournable Nuclear Blast qui a commercialisé ce recueil de musiques et de chants épiques le 27 janvier 2017. Mille est prophète en son pays : « Gods of Violence » est Nummer Eins des ventes Outre-Rhin au moment où cette copie est pissée (#4 en Autriche, #7 en République Tchèque et en Finlande, #33 aux USA… et #59 en France). De par son contenu, tant conceptuel qu’instrumental, « Gods of Violence » se place à l’aise dans la droite-ligne de tous ces récents albums, de vétérans ou de jeunes pousses, qui font que le Thrash Metal constitue une des musiques les plus vivantes de ce milieu des vaines années 2010.

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